
Sous couvert de diplomatie, Paris a délibérément saboté une enquête pour crimes contre l’humanité au Gabon. En cachant des preuves accablantes à sa propre justice pour protéger ses intérêts, l’État français ravive les heures les plus sombres de la Françafrique.

C’est un énième scandale d’État qui balaye le mythe de la France « patrie des droits de l’Homme ».
Selon les révélations explosives de nos confrères de l’hebdomadaire Marianne, le ministère des Affaires étrangères français, a sciemment entravé le travail de la justice.
Un acte destiné à étouffer la vérité sur le bain de sang postélectoral de 2016 au Gabon et protéger des ressortissants français impliqués dans un carnage.

Une censure au sommet de l’État
Souvenez-vous, en août 2016, Ali Bongo se maintient au pouvoir par la force. Son armée donne un assaut d’une violence inouïe contre le quartier général de l’opposant Jean Ping.
Des morts, des disparus et des actes de torture dans un bilan resté flou 10 ans après.
Saisie par les familles des victimes, la justice française ouvre une enquête pour crimes contre l’humanité.

Mais elle va se heurter à un mur bâti en plein cœur de Paris.
En juillet 2020, les enquêteurs de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité (OCLCH) exigent du Quai d’Orsay la transmission des communications diplomatiques de l’époque.
Sur 315 documents identifiés comme pertinents, seuls 35 seront fournis. Une rétention d’informations massive, organisée au plus haut niveau.
Selon Marianne, les donneurs d’ordre de cette omerta ne sont autres que Christophe Bigot, alors directeur Afrique du ministère, et Nicolas Roche, directeur de cabinet du ministre de tutelle de l’époque, Jean-Yves Le Drian.

« Nous donnons l’impression de vouloir couvrir les violences postélectorales de 2016 », s’alarme alors un cadre du ministère dans une note confidentielle.
Protéger des barbouzes français
Pourquoi la diplomatie française a-t-elle choisi de piétiner la justice et la mémoire des victimes gabonaises ? La réponse pue la Françafrique.

D’abord, pour des raisons purement politiques. Il ne fallait surtout pas froisser le clan Bongo, allié historique de Paris.
Mais surtout, le Quai d’Orsay a appuyé sur le frein de peur que la justice n’expose le rôle funeste joué par des Français dans cette répression.
Les plaintes pointent en effet la présence troublante de trois citoyens français, membres de la sécurité présidentielle gabonaise, directement sur les lieux du massacre au QG de Jean Ping.

L’ancien patron des renseignements gabonais, le redouté Frédéric Bongo, qui possède lui-même la nationalité française, est également visé par les enquêteurs.
La France s’est ainsi faite la complice silencieuse des bourreaux, sacrifiant la quête de justice du peuple gabonais sur l’autel de ses intérêts obscurs.



